Regrets

Voyez Moncrif s'adressant à la duchesse du Maine pour la perte de son chat Marlamain.

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  Je r'ouvre ma lettre, Madame, pour vous marquer combien je partage votre douleur sur la mort de Marlamain que vous ne pouvez ignorer. On vient de me l'apprendre sans aucun ménagement ; jugez de ma situation. Vous a-t-on conté toutes les circonstances de cette triste aventure ? Une demi-heure avant qu'il expirât, on a connu à ses inquiétudes qu'il voulait être porté dans l'appartement de son illustre maîtresse. A peine s'est-il trouvé auprès d'elle, qu'il a rassemblé tout ce qui lui restait de forces, pour faire les adieux les plus tendres ; quelques moments après, comme on s'est aperçu qu'il voulait qu'on l'emportât, pour épargner sans doute, le spectacle de sa mort, on l'a remis dans sa chambre, où il est expiré. Son dernier soupir a été un de ces miaulements doux et tendres, qu'il était accoutumé de faire, quand il était honoré de ces caresses qui l'ont rendu si illustre. Je viens d'essayer de faire son épitaphe : je vous en fais part ; mais ne la lisez point, si vous connaissez celle dont Monsieur de La Mothe est l'auteur. Elle m'a appris le peu que vaut la mienne.

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Minon, quel que tu sois, arrête ici tes pas,

Au pouvoir d'Atropos ta griffe est asservie,

Apprends quelle est la rigueur du trépas,

Lorsqu'il faut s'arracher à la plus douce vie.

Hélas, j'ai vu passer des jours délicieux

Ô chats égyptiens, mes augustes aïeux !

Vous qui sur un autel entourés de guirlandes,

Étiez l'amour des coeurs, et le charme des yeux,

On vous a prodigué des hymnes, des offrandes ;

De tous ces vains respects je ne fus point jaloux ;

Ludovise m'aima, votre gloire est moins belle ;

Vivre simple chat auprès d'elle

Vaut mieux qu'être dieux comme vous.

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Augustin Paradis de Moncrif est connu pour son Histoire des chats, Dissertation sur la Prééminence des chats dans la société des autres animaux d’Egypte, sur les distinctions et privilèges dont ils ont joui personnellement, sur le traitement honorable qu’on leur faisait pendant leur vie et des monuments et autels qu’on leur dressait après leur mort, avec plusieurs pièces qui y ont rapport, Paris, Quillau, 1727. (avec 8 figures originales par Coypel, gravées à l’eau-forte par le comte de Caylus)

Une autre mystification restée inédite fut celle d'une tragédie lyrique, intitulée Les chats.

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 Les chats de noble compagnie, Anthologie littéraire du XVIIIe siècle (paru en 2012 avec une préface de Robert de Laroche, auteur d'une quinzaine d'ouvrages sur le chat depuis 1984) comporte un chapitre Epitaphes avec des textes surprenants et/ou émouvants comme celui de l'abbé Galiani particulièrement affecté par la disparition de son chat.

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