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Simba-confort

Parler "chat"

A l'origine, les expressions corporelles expriment les émotions internes de l'animal. Mais elles servent aussi à communiquer avec les autres chats et, par généralisation, avec nous autres humains. Au contact des hommes, les chats ont appris à masquer leurs émotions, et même à nous mentir en certaines occasions.

Dans le tableau ci-dessous, il y a, entre les manifestations corporelles (à gauche) et les émotions (à droite), trois correspondances erronées : saurez-vous les retrouver ? Réponse au bas de la page.

  1. La face est arrondie, les oreilles bien dressées
  2. Les muscles se plissent, les oreilles se couchent
  3. Les oreilles sont complètement couchées, il relève les babines
  4. Les oreilles sont ouvertes, dressées, en perpétuel mouvement
  5. Le chat tend la tête, ouvre légèrement la gueule
  6.  Le chat porte sa queue fièrement dressée
  7. Il agite sa queue nerveusement
  8. Il tient sa queue serrée entre ses cuisse
  9. Le chat s'étend sur le dos, offre son ventre
  10. Il fait le gros dos, tous poils hérissés
  1. Le chat est détendu
  2. Apaisé, il se laisse caresser
  3. Il est en proie à une peur intense
  4. Le chat est en chasse
  5. Il goûte des odeurs qui lui sont agréables
  6. Il est détendu, serein
  7. Le chat est menaçant
  8. Le chat a peur, il accepte la situation
  9. Le chat est inquiet
  10. La colère n'est pas loin

chasse

Le chat est-il méchant ?

La méchanceté suppose que l'on ait conscience de la souffrance qu'on inflige et qu'on le fasse délibérément. En ce sens, c'est une perversion humaine. Le chat joue avec la souris, tout prédateur prend plaisir à la traque. C'est un comportement naturel.

Il ne faut tout simplement pas qu'elle se généralise et s'applique au maître que le chat peut mordre ou griffer. Lorsque cela se produit, c'est un comportement de peur, cause la plus fréquente de l'agressivité, ou de confusion avec le rituel de la chasse.

La rééducation du chat est très difficile surtout si elle consiste à s'opposer à lui ou à le punir l

Il suffit de ne pas provoquer les situations à l'origine des comportements agressifs, par exemple : ne pas imposer à son chat la présence et les "câlins" d'une personne étrangère, interrompre immédiatement la séance de toilette  ou de caresses, dès qu'elle semble dégénérer, ne pas lui imposer la présence d'un chien dont il a peur, etc. Est-il normal  d'accepter qu'un chat soit "gentil" et de s'indigner du qualificatif de "méchant", termes que l'on ne peut appliquer à un animal ? Mystère.


La chatte et le perroquet

Madame-Théophile, la chatte de Théophile Gautier  (1811-1872), assiste à l'arrivée inopinée d'un perroquet sur son territoire (extrait de Ménagerie intime, Paris Alphonse Lemerre, 1869)

(Voir la tombe de Théophile Gautier au cimetière Montmartre)

Un jour, un de nos amis, partant pour quelques jours, nous confia son perroquet pour en avoir soin tant que durerait  son absence. L'oiseau se sentant dépaysé était monté, à l'aide de son bec, jusqu'au haut de son perchoir et roulait autour de lui, d'un air passablement effaré, ses yeux semblables à des clous de fauteuil, en fronçant les membranes blanches qui lui servaient de paupières. Madame-Théophile n'avait jamais vu de perroquet ; et cet animal, nouveau pour elle, lui causait une surprise évidente. Aussi immobile qu'un chat embaumé d'Egypte dans son lacis de bandelettes, elle regardait l'oiseau avec un air de méditation profonde, rassemblant toutes les notions d'histoire naturelle qu'elle avait pu recueillir sur les toits, dans la cour et dans le jardin. L'ombre de ses pensées passait dans ses prunelles changeantes et nous pûmes y lire de résumé de son examen : "Décidément, c'est un poulet vert."

Ce résultat acquis, la chatte sauta à bas de la table où elle avait établi son observatoire et alla se raser dans un coin de la chambre, le ventre à terre, les coudes sortis, la tête basse, le ressort de l'échine tendu, comme la panthère noire du tableau de Gérome, guettant les gazelles qui vont se désaltérer au lac.

Le perroquet suivait les mouvements de la chatte avec une inquiétude fébrile : il hérissait ses plumes, faisait bruire sa chaîne, levait une de ses pattes en agitant les doigts, et repassait son bec sur le bord de sa mangeoire. Son instinct lui révélait un ennemi méditant quelque mauvais coup.

Quant aux yeux de la chatte, fixés sur l'oiseau avec une intensité fascinatrice, ils disaient dans un langage que le perroquet entendait fort bien et qui  n'avait rien d'ambigu : " Quoique vert, ce poulet doit être bon à manger." Nous suivions cette scène avec intérêt, prêts à intervenir quand besoin serait. Madame-Théophile s'était insensiblement rapprochée : son nez rose frémissait, elle fermait à demi les yeux, sortait et rentrait ses griffes contractiles. De petits frissons lui couraient sur l'échine, comme à un gourmet qui va se mettre à table devant une poularde truffée ; elle se délectait à l'idée du repas succulent et rare qu'elle allait faire. Ce mets exotique chatouillait sa sensualité.

Tout à coup son dos s'arrondit comme un arc qu'on tend, et un bond d'une vigueur élastique la fit tomber juste sur le perchoir. Le perroquet voyant le péril, d'une vois de basse, grave et profonde comme celle de M. Joseph Prudhomme, cria soudain : As-tu déjeuné, Jacquot ?

Cette phrase causa une indicible épouvante à la chatte, qui fit un saut en arrière. une fanfare de trompette, une pile de vaisselle se brisant à terre, un coup de pistolet tiré à ses oreilles, n'eussent pas causé à l'animal félin une plus vertigineuse terreur. Toutes ses idées ornithologiques étaient renversées. Et de quoi ? – De rôti du roi, – continua le perroquet.

La physionomie de la chatte exprima clairement : "Ce n'est pas un oiseau, c'est un monsieur, il parle !" Quand j'ai bu du vin clairet / Tout tourne, tout tourne au cabaret. chanta l'oiseau avec des éclats de voix assourdissants, car il avait compris que l'effroi causé par sa parole était son meilleur moyen de défense.

La chatte nous jeta un coup d'œil plein d'interrogation, et, notre réponse ne la satisfaisant pas, elle alla se blottir sous le lit, d'où il fut impossible de la faire sortir de la journée. Les gens qui n'ont pas l'habitude de vivre avec les bêtes, et qui ne voient en elles, comme Descartes, que de pures machines, croiront sans doute que nous prêtons des intentions au volatile et au quadrupède. Nous n'avons fait que traduire fidèlement leurs idées en langage humain. Le lendemain, Madame-Théophile, un peu rassurée, essaya une nouvelle tentative repoussée de même. Elle se le tint pour dit, acceptant l'oiseau pour un homme.

RETROUVEZ UN AUTRE EXTRAIT DE Ménagerie intime SUR SOUVENIR ANIMAUX : la fin de Pierrot.


Ci-dessous : pour illustrer l'instinct prédateur du chat : Chat saisissant un oiseau de Pablo Picasso (1881-1973)

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